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0ù va la Défense nationale ? La France, l'Europe, l'OTAN, le monde animée par le général (cr) Henri Paris Vendredi 1er février 2008 à 20h30 Brie-Comte-Robert. salle du Conseil municipal, hôtel de ville |
Le général de division (CR) Henri Paris
Le général Henri Paris est né en 1935 à Neuilly s/Seine.
Il effectue sa scolarité secondaire à Saint Louis de Gonzague puis ses études supérieures en Sorbonne et à l’université Charles, de Prague.
Diplômé de Sciences Po et de Langues (russe et tchèque), il entre au Centre des hautes études de la Défense nationale et des années plus tard à l’École de guerre.
A sa sortie de Saint-Cyr en 1960, il sert pendant 5 ans à la Légion étrangère puis commande une unité aéroportée.
Il est nommé attaché militaire adjoint près l’ambassade de France de Tchécoslovaquie. À son retour en France, il suit les questions de prospective et d’évaluation au cabinet du ministre de la Défense.
En 1981, Pierre Mauroy le nomme chef adjoint de son cabinet militaire.
En 1991, nommé général de division, il est envoyé prendre le commandement de la 2e DB qu’il commandera jusqu’en 1993.
Passé aux cadres de réserve, il devient alors consultant de divers groupes industriels.
Il préside le club « Démocraties », société de pensée qui organise régulièrement d’importants colloques, avec l’active collaboration de son épouse.
Le général Paris a publié de nombreux ouvrages. Il a siégé jusqu'en 1999 au conseil municipal de Versailles sur une liste de gauche.
LETTRES DE DÉMOCRATIES, numéro 48, mai 2008. Éditorial, Général (cr) Henri PARIS, Président de DÉMOCRATIES.
MODERNISATION DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE ET DÉSARMEMENT.
Le 21 mars 2008, le chef des armées, le président Sarkozy, rehaussait de sa présence la mise à la mer du dernier sous-marin stratégique lanceur de missiles nucléaires de nouvelle génération, le « Terrible »,. L'événement, en soi, n'a rien d'anormal ni d'extraordinaire : il s'inscrit dans une longue succession qui date de 1945, époque où le général de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République française, avait décidé de doter la France d'un armement nucléaire. Cet effort date d'ailleurs de bien avant 1945 et avait déjà été marqué par les travaux du ministre Dautry avant 1939. Il y a donc là une continuité certaine. Et le lancement du « Terrible », pour une mise en service actif en 2010, est un épisode, une phase dans la continuité d'une volonté de poursuivre la possession des instruments de l'indépendance nationale et éventuellement d'une Europe qui se voudrait puissance.
Le chef des armées, chef de l'État, a prononcé, à cette occasion, un discours. Il rappelait les principes de la stratégie de dissuasion. L'arme nucléaire est vouée à la défense des intérêts vitaux de la Nation. Par son existence même, elle assure la dissuasion d'une agression à l'égard de nos alliés européens au moins les plus proches géographiquement. Quant aux autres, les plus éloignés, il leur reste à se mettre d'accord avec eux-mêmes comme avec leurs liens vis-à-vis de l'OTAN et de la puissance américaine.
La capacité est calculée en fonction du strict effet nécessaire pour développer une puissance apte à faire renoncer l'adversaire à ses visées agressives en regard des dommages qu'il devra supporter. Il s'agit de pouvoir dissuader un adversaire étatique – et la définition d'un adversaire étatique est soulignée – de s'en prendre aux intérêts vitaux de la France, à sa survie donc en tant que nation, sous peine d'encourir des pertes inacceptables et hors de proportion par rapport à l'enjeu poursuivi. Ce n'est pas autre chose que la répétition de la vieille stratégie de dissuasion nucléaire déjà éprouvée et validée, durant la guerre froide. Le changement opéré par le président Sarkozy porte essentiellement sur une imprécision voulue de ce que représente l'intérêt vital et une précision quant à l'application de la dissuasion qui ne s'adresse qu'à des États. Il se pose là en différence vis-à-vis de son prédécesseur.
La dissuasion nucléaire est servie par deux composantes. La première est constituée par la force océanique stratégique, soit 4 SNLE. Le dernier qui vient d'être lancé, mis à l'eau, va être aménagé et recevoir ses missiles. Chaque sous-marin est armé de 16 missiles porteur chacun de 6 têtes nucléaires indépendamment guidées. Après la première mise en service sur le « Terrible » de nouveaux missiles M-51 de portée intercontinentale, soit donc d'au moins 8000 km et d'une précision accrue, l'ensemble de la force océanique stratégique va être progressivement doté de missiles M-51, en remplacement des anciens M-45, et sera ainsi progressivement modernisé.
Compte tenu de la nécessité périodique de grands carénages et de dépose et repose des missiles pour vérification, la disponibilité opérationnelle de la force océanique est au mieux de 1,6 SNLE à la mer, ce qui veut dire qu'épisodiquement, il y en a un ou deux à la mer. L'éventualité malheureuse de la fortune de mer comme l'action de l'adversaire peut amener la destruction du seul SNLE à la mer. Le principe de précaution voudrait qu'il y ait assurance absolue d'avoir au moins un SNLE en service actif. Il en découle l'intérêt de porter la force océanique stratégique à 5 unités et non plus à 4.
La deuxième composante est aérienne et se compose d'une soixantaine d'avions, armés chacun de deux missiles ASMPA. Ces avions, des Mirages 2000-N doivent être progressivement remplacés par des Rafales de meilleure performance, mais avec réalisation d'une réduction numérique du tiers.
Au total, le potentiel nucléaire français est prévu pour atteindre 300 têtes nucléaires, ce qui correspond au principe de suffisance.
C'est dans le domaine du désarmement que l'action de la France offre le plus de controverse.
Dans la foulée des dividendes de la paix qu'il faut recueillir après la fin de la guerre froide, les Français proposent un désarmement massif. Pour appuyer leurs propositions, ils procèdent unilatéralement à des mesures de désarmement, sans réciprocité.
Les Français démantèlent leur système sol-sol implanté au plateau d'Albion. Du temps de la guerre froide, face à l'arsenal soviétique, ces systèmes étaient certes devenus obsolètes. Mais ils reprenaient leur validité avec les nouvelles structures stratégiques issues de l'émergence nucléaire de l'Inde, du Pakistan et des menaces à venir offertes entre autres par l'Iran ou d'autres États proliférants. La non-prolifération est battue en brèche. L'étonnant n'est pas dans la banalisation et la prolifération de l'arme nucléaire, mais dans la faiblesse numérique de pays ayant acquis une capacité militaire nucléaire, plus d'un demi-siècle après l'apparition de l'arme. Les Français donc, non contents de démanteler leur système stratégique sol-sol à faible portée de 500 km., signent et ratifient un traité d'interdiction complet des essais nucléaires, le TICE. Les Américains et les Chinois en font autant en 1996, mais se gardent bien de le ratifier. Ce traité n'est toujours pas entré en vigueur, tant pour cette raison que parce qu'il prévoyait, pour cette entrée en vigueur, un seuil numérique d'adhérents possédant ou susceptibles de posséder l'arme nucléaire. Or ce seuil n'a jamais été atteint et de loin. Or, les Français, sans attendre, se sont empressés de démanteler leurs centres d'expérimentation du Pacifique. Ils se cantonnent désormais obligatoirement au maintien en condition des armements existants, grâce à la simulation, en fonction des dernières données acquises en 1996 lors des dernières expérimentations qu'ils ont réalisées pour tester les armes existantes.
S'il est une constante en Histoire, c'est bien celle du maintient d'un armement. Un armement ne disparaît jamais par traité, mais par obsolescence : parce qu'on a trouvé mieux. Avec moins de 300 têtes nucléaires, la France donne l'exemple. Cet exemple sera-t-il suivi ? On peut très fortement en douter en considérant les efforts américains pour se doter d'un bouclier antimissile et l'essai réussi chinois d'interception d'un satellite en 2008.